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La Référence éducative

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La Référence éducative 
 

Définition de la référence éducative :

Selon un article du code de l’action sociale et des familles, « La fonction de référent est assurée au sein de l’équipe éducative. », « Elle favorise pour chaque enfant, adolescent, la continuité et la cohérence de l’accompagnement.», mais en pratique le rôle de l’éducateur référent peut être très variable d’un établissement à un autre, c’est pourquoi il nous importe de définir la référence éducative au foyer éducatif La Passerelle.

L’éducateur référent est, pour certains, un « référent de continuité [1]», « un aide-mémoire [2]» ou encore « un point d’ancrage [3]». La référence éducative est une pratique, une relation personnalisée, un dispositif permettant la confiance, un repère de plus en plus utilisé dans les institutions. L’éducateur référent est un adulte ressource pour le jeune, il est l’intermédiaire entre l’équipe éducative et le jeune. Il est un repère dans l’équipe pour le jeune et pour les intervenants extérieurs.

La référence éducative crée la dynamique du travail avec le jeune mais cette relation entre l’éducateur référent et le jeune est une relation parfois « à risque » qui peut conduire à l’enfermement de l’un et l’autre dans une relation fusionnelle marquée par la confusion des rôles et une illusion de toute puissance. Cette relation n’est ni une amitié, ni une filiation artificielle mais un rapport professionnel pour lequel l’adulte reçoit un salaire et a des comptes à rendre.

La référence éducative ne peut donc s’envisager sans tiers et le principal tiers n’est autre que l’équipe. La distance dans la relation éducative est donc nécessaire. L’éducateur référent doit rendre des comptes de son travail à l’équipe, il doit aussi l’interpeller s’il se trouve en difficulté pour que l’équipe lui apporte son aide. Le professionnel doit être conscient de ce dont il est porteur. Il y a un vécu, une histoire personnelle et des valeurs tant du côté du référent que du jeune. L’intention que le référent exprime pour le jeune, ne doit pas supplanter le désir de ce dernier.

Les notions de transfert et de contre-transfert spécifiques à la psychanalyse peuvent être utilisées ici pour désigner ce qui relève de l’inconscient dans ce qui se joue entre les uns et les autres. Qu’est-ce que l’éducateur va projeter de sa propre enfance et de ses relations familiales sur celui qu’il cherche à aider ? Et à quoi le jeune va-t-il identifier celui qui lui propose soutien et écoute ? Quels sentiments va-t-il projeter sur lui ? Il est donc important de pouvoir repérer ces mouvements transférentiels et contre-transférentiels, pour comprendre ce qui se joue dans cette relation spécifique et ainsi tenter d’éviter les répétitions mortifères. Les membres de l’équipe pluridisciplinaire peuvent jouer un rôle essentiel dans ce travail de repérage et d’analyse.

Ces mouvements transférentiels et contre-transférentiels[4], ne sont pas l'apanage de l'éducateur référent, ils se manifestent dans toute relation humaine, éducateur ou non, référent ou non, entre les jeunes eux-mêmes. La désignation institutionnelle d'un référent désigne une personne en particulier attentive au jeune, et lui désigne simultanément une place singulière. La coréférence ou la double référence, pour cette raison ne sont pas retenues comme outil du travail éducatif, même si effectivement des relais éducatifs peuvent être pris dans l'équipe pour certains domaines ou selon certaines situations.

A la question de qui, de quoi, est on référent ? Le foyer éducatif La passerelle se positionne et décide que c’est de la prise en charge éducative du jeune, ou dit autrement encore de l’action éducative, dont l’éducateur est référent.

L’éducateur référent remplit une fonction au sein d’une équipe. Il doit sans cesse être en lien avec le reste de l’équipe et ainsi éviter l’exclusivité et l’isolement dans son travail, c’est pour cela qu’au foyer éducatif La Passerelle, à la fin des écrits (Rapports, notes d’incidents, courrier, etc…) il est toujours indiqué : « Pour l’équipe éducative ». Cette précision permet de rappeler ce positionnement. Même s’il exerce son rôle avec plus ou moins d’autonomie, c’est toujours par rapport au projet éducatif personnalisé, qui a été décidé par l’équipe, en collaboration, dans la mesure du possible, avec la famille et le jeune. L’éducateur est le référent de la prise en charge du jeune au sein d’une équipe et d’une institution.


Le rôle de l’éducateur référent :

Parmi la multiplicité des professionnels qui gravitent autour d’un jeune placé dans une institution, il est important que soit désigné un interlocuteur privilégié pour le jeune mais aussi pour les différents partenaires internes ou externes. L’éducateur référent joue donc ce rôle de pivot, d’interlocuteur privilégié.

L’éducateur référent est le garant de la mise en place du projet du jeune, il coordonne les actions et doit se préoccuper qu’elles soient bien réalisées. Ce n’est pas forcément l’éducateur référent qui prendra les rendez-vous, qui fera tous les accompagnements, mais c’est à lui que revient la tâche de vérifier que tout ce qui a été décidé a été fait, que le projet progresse. Ce n’est donc pas une relation exclusive. Le jeune peut s’adresser à un autre membre de l’équipe, sans toutefois qu’un glissement ne s’opère vers un autre éducateur au détriment de la référence. Si tel est le cas, le travail de lien, de relais ou de parole doit s’opérer pour renvoyer le jeune vers son référent ou maintenir l’existence de cette notion. L’équipe éducative réfléchit à la pertinence ou non de l’accompagnement par le référent. Pour une meilleure cohérence et continuité de travail, le référent doit rester impliqué dans cet accompagnement.

La référence éducative a donc pour but d’éviter la multiplicité des interlocuteurs dans le souci de rassemblement des informations et des actions.

L’éducateur référent joue également un rôle de suppléance parentale, d’écoute et de guidance. Pour que cette relation permette un travail éducatif satisfaisant, il faut que l’éducateur référent crée un climat de confiance avec le jeune dont il a la charge. Pour cela il faut qu’il s’engage à toujours faire ce qu’il dit. Il est nécessaire que dans cette relation l’éducateur ait de l’empathie. Pour le jeune, s’en remettre à l’adulte-ressource, c’est pouvoir compter sur lui, se placer sous sa protection et essayer d’obtenir satisfaction à partir de la relation privilégiée qu’il a établie avec lui. La relation entre le référent et le jeune se situe donc dans le domaine de la confiance réciproque et également de l’affectif. Il est donc nécessaire de trouver un juste équilibre entre la trop grande proximité et une attitude trop distante.


De la théorie à la pratique :

Au foyer éducatif la Passerelle, c’est au rôle du chef de service éducatif que de nommer un éducateur référent et cela avant l’admission du jeune[5]. Si le facteur affectif est incontournable dans l’établissement d’une relation de qualité, il ne doit pas constituer le point de départ du travail engagé. Le fait que l’éducateur référent soit nommé avant l’admission du jeune permet qu’il soit présent pour l’accueillir à son arrivée.

Au foyer éducatif La Passerelle, nous pensons que la rencontre entre le jeune et l’éducateur référent a une grande importance, c’est pourquoi l’institution a décidé que l’éducateur référent doit être présent le jour de l’admission à l’entretien d’accueil dans le bureau du directeur. L’idéal étant qu’après cet entretien, l’éducateur référent accompagne le jeune sur le foyer ou l’appartement et lui fasse visiter les lieux. Si malgré tout, il n’est pas possible que le référent soit présent à l’entretien d’admission, il est alors nécessaire de prévoir un temps spécifique, symbolique avec le chef de service pour présenter l’éducateur référent au jeune et lui préciser sa fonction. De la même façon tout changement de référence suite au départ de l’éducateur doit être formalisé par un entretien avec le chef de service éducatif. Un rappel du projet et un point sur la prise en charge peuvent être évoqués lors de cet entretien pour permettre un passage de relais dans ce travail éducatif.

La question du changement de référence renvoie à la question de la séparation qui est un des objectifs de l'action éducative à moyen ou long terme. Pour cela elle se doit d'être pensée au fil des expériences acquises par les équipes et l'institution. Elle renvoie à la résolution des positions transférentielles des uns et des autres et se doit d'être interrogée. Elle est en lien concrètement avec les départs des éducateurs, ceux des jeunes à l'issue de leur accueil ou encore à la préparation d'une sortie, au passage à une nouvelle étape... Les occasions sont nombreuses et le travail de l’équipe est de permettre de dénouer ce qui a été institutionnellement et temporairement noué en particulier dans la relation de référence.


En conclusion, que fait l’éducateur référent au foyer éducatif La Passerelle :

Le référent accueille le jeune à l’entretien d’admission puis l’accompagne sur son lieu d’hébergement. Il explique au jeune, le fonctionnement du pavillon ou du service d’appartement, lui présente les grandes règles de vie et l’aide à s’installer.
Tout au long de son accueil, le référent s’entretient régulièrement avec le jeune et l’accompagne dans l’élaboration de son projet personnalisé.

Il prend contact avec sa famille et le travailleur social enfance, pour coordonner les actions : Demande d’autorisation d’hébergement et de visite en famille et calendrier afférent, démarches pour une inscription scolaire spécifique, anticipation des vacances en centre de vacances ou demande d’autorisation pour un hébergement familial, accompagnement pour un suivi médical spécifique, recherche d’un club culturel ou sportif, d’un stage. Mais il est là également pour échanger sur l’histoire familiale du jeune, sur ses ressentis, sur sa compréhension des faits, de son placement, sur son implication et sa responsabilité dans les évènements du quotidien, sur les liens qu’il peut avoir avec les autres, sur son intégration dans son environnement.

Lors des réunions d’équipe, le référent se soucie de la continuité de la prise en charge du jeune et pense à rappeler les axes de travail à l’équipe. Il centralise les informations et prépare les réunions de synthèses internes ou externes. Il rédige les rapports de situations et les notes d’informations et se tient au courant des notes d’incidents rédigées par ses collègues. Dans la mesure du possible, et lorsque l’équipe éducative pense que c’est judicieux, il est présent pour tous les rendez-vous importants concernant le jeune. Afin de rester en lien avec le jeune, l’éducateur référent pour l’équipe se doit de faire un point régulier pour aborder les derniers évènements, tant positifs que négatifs, dans le but de le mobiliser et de l’encourager.

Et pour que tout cela soit possible, il met au travail dans l'équipe pluridisciplinaire, les aléas de la relation avec le jeune autant pour comprendre ce que le jeune projette sur lui, que pour percevoir comment lui-même y répond ou y réagit. C'est la condition pour que l'action éducative puisse se poursuivre de façon opérante auprès de ces jeunes pour qui l'adulte a fait défaut dans le passé, quelquefois gravement.

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[1] Avenard et Martin-Blanchais, « L’amélioration de la prise en charge des mineurs protégés »

[2] François Gouraud, « La notion de référence en internat éducatif »

[3] Philippe Gaberan, « 100 mots pour être éducateurs »

[4] « Encore faudrait –il prendre note du fait que toute rencontre avec quelqu’un, même très isolée et très précise, se produit toujours sur fond de présence –et d’absence- de beaucoup d’autres, pas toujours anonymes. Souvent en effet, il s’agit d’autres gens connus ou reconnus, souvent attendus, appelés ou même convoqués, c’est-à-dire évoqués dans cet espace institutionnel concret. », François TOSQUELLES, « Pratique de l’institutionnel et du politique »

[5] Et pour autant, nous pensons que : « Une situation est éducative quand les êtres qui y sont engagés ont en permanence « Le choix du choix ». », Joseph ROUZEL, « Le travail de l’éducateur spécialisé », et également : « Arrange-toi pour qu’ils aient toujours cette sensation de choix, hors de laquelle il n’est pas de bonne volonté possible. », Fernand DELIGNY, « Graine de crapule ».